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La patience et la rage

La patience et la rage

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Maître Jacubowicz nous autorise à rire !

Maître Jacubowicz nous autorise à rire !

Article publié sur Agoravox le 3 octobre 2015.

Maître Jacubowicz nous autorise à rire !

Merci Maître ! Vous êtes trop bon... Nous autres pauvres manants qui nous sommes égarés à rire n'importe comment, nous avons été par le passé ramenés à de plus justes limites, grâce à vos mises en garde successives. Sûr de votre bon droit, vous avez poursuivi à plusieurs reprises l'humoriste Dieudonné pour sa quenelle. Aujourd'hui que ce dernier a perdu de sa superbe, après ses démêlés politico-judiciaires successifs, votre sainte colère semble apaisée et vous voilà prêt à faire preuve de plus de magnanimité. N'est-ce pas là le signe de la grandeur d'âme, de savoir être ferme lorsque rugit la bête immonde et généreux quand le danger est passé ?

Car, RTL nous l'apprend, vous avez eu récemment une crise de repentirs qui est bien la preuve que vous savez faire la part des choses et ne pas vous montrer excessivement épris de justice. Ne dit-on pas, du reste, summum jus summa injuria (comble de justice, comble d'injustice) ?

Maintenant que Dieudonné semble moins vaillant, il vous faut faire la preuve que vous et vos confrères de la LICRA êtes toujours indispensable à la Démocratie, à la Liberté et à la Civilisation Occidentale. Vous aviez trouvé avec M. M'Bala M'Bala l'adversaire idéal, celui dont chaque sortie antisémite, chaque provocation négationniste, chaque accusation contre le sionisme satanique, justifiait votre existence. Mais aujourd'hui ?... Hé bien, vous nous apportez la preuve que l'on ne saurait se passer de vous, décidément : "Un humoriste n'a pas sa place devant un tribunal", dites-vous. Bien sûr, des esprits chagrins vous répondraient qu'il vous suffit de décider qu'un humoriste proclamé n'en est plus un, pour aussitôt pouvoir le traîner au tribunal en toute bonne conscience. Nous espérons que vous nous donnerez un jour l'adresse du bureau où il faut aller faire tamponner son visa pour le rire. Et le cas échéant les conditions sous lesquelles on peut se le voir retiré.

Mais personne ne doute de votre bonne foi tant vos regrets sont sincères et à-propos : "Le patron de l’association regrette, par exemple, d’avoir attaqué Philippe Bouvard pour une blague au début des années 2000.".

C'est vrai ! L'immortel humoriste qui a tant occupé l'antenne médiatique en compagnie des Jean Yanne et Olivier de Kersauzon, tant fait de plaisanteries sur Mme Bellepaire (de Loches), c'est bien lui dont il est question en ce moment ! C'est l'évidence même : le comique dont tout le monde a parlé ces dernières années, celui qui défraye la chronique, remplit les tribunaux, fait parler de lui à l'Assemblée nationale, et pose le problème de la limite de la liberté d'expression en démocratie, c'est bien le patron des Grosses Têtes !

D'ailleurs, ce même Philippe Bouvard, qui a eu un jour cette saillie spirituelle : "Le comble de la suffisance intellectuelle est de croire qu'on peut apprendre quelque chose en s'écoutant monologuer" est certainement quelqu'un qui doit vous déplaire profondément.

Votre pardon n'en est que plus beau. Evidemment, que vous ayez soudain des regrets sur une affaire vieille de quinze ans pourrait nous faire douter de votre bonne foi. Mais seul celui dont l'haleine est aussi fétide que celle de la Bête Immonde pourrait suggérer une chose pareille. De même, ce serait un signe de pétainisme aggravé d'être insupporté par votre arrogance et cette certitude qui est la vôtre de pouvoir dicter aux gens de quoi ils ont le droit de rire ou non. Et enfin, personne n'oserait croire que la seule censure qui vous gêne soit celle que s'imposent les humoristes à la suite des attentats de Charlie-Hebdo et que vous trouviez moins choquant de s'en prendre aux Arabes qu'aux Juifs.

"Maître Alain Jakubovicz, nous rapporte encore RTL, promet désormais d’être plus sélectif dans le choix des personnes que son association traînera au tribunal. "Il faut se baser sur les intentions qui animent celui qui parle", dit-il."

On dit "se fonder sur", Maître, "se fonder sur..." Un navire est basé dans un port (Toulon, La Rochelle...) mais vos appréciations devraient être fondées sur les intentions de la personne concernée. A ce sujet, nous espérons que vous vous êtes muni d'un détecteur d'intentions nauséabondes, un peu comme un compteur Geiger de la haine ! D'ailleurs, l'immense Bernard-Henri Lévy parlait l'année dernière de la menace du "nucléaire antisémite" : sans doute pourra-t-il vous fournir un appareil ad hoc pour mesurer le degré de pureté du rire des comiques, et savoir s'ils restent bien des humoristes ayant le droit de "heurter", ou s'ils passent du côté obscur des "heures les plus sombres de notre histoire".

Mais vraiment, redisons-le pour finir : vous êtes vraiment trop bon ! Tellement aimable quand vous voulez faire la pluie et le beau sur les opinions et la justice, et encore plus quand vous choisissez de faire amende honorable. Mille merci de nous maintenir, pauvres imbéciles que nous sommes, en toutes circonstances sous votre juste férule Qu'on se le dise : la LICRA affranchit le rire ! A elle de nous dire ensuite jusqu'où on pourra transgresser les limites qu'elle pose, sans arriver aux limites-limites qui sont vraiment inacceptables. Mais nous savons qu'elle a de la suite dans les idées, la LICRA : elle ose tout, c'est à ça qu'on la reconnaît ! Et en attendant que s'épanouissent les nouveaux Kev Adams, les héritiers de Florence Foresti, les Gad Elmaleh en devenir, nous pouvons déjà compter sur la LICRA pour nous fournir, en ces temps bien moroses, notre dose de poilade quotidienne !