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La patience et la rage

La patience et la rage

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« Regarde toutes les flèches qu’ils m’ont envoyées, tes frères… »

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"Saint Sébastien", Andréa Mantegna, 1480 (Louvre)

"Saint Sébastien", Andréa Mantegna, 1480 (Louvre)

Nabe à un lecteur : https://www.youtube.com/watch?v=e_HtP3T1gy0&feature=youtu.be

Retranscription intégrale :

 

- C'est ce que j'ai longtemps reproché aux Musulmans, c'est de me considérer comme une sorte d'idéologue qui pourrait faire passer un message qui serait en adéquation avec ce que eux veulent entendre -certains !- et qui serait efficace pour leur cause. Mais non, c'est pas ça ! C'est pas généreux comme démarche, c'est pas respectueux, si on prend le concept du respect, qui est tellement prisé chez les musulmans. Le respect, c'est de prendre le mec comme il est et de voir si au cours de son parcours, il a fait des actes qui peuvent servir cette cause, en passant, si tu veux... Et ça a encore plus de valeur : en n'étant pas musulman moi-même et en étant uniquement épris de justice. C'est mon adoration, mon fanatisme pour la justice qui me poussent à ça. C'est pas ma religion. Ça devrait être encore plus méritoire ! Je prends toujours exemple sur Jean Genêt, ou sur d'autres qui ont écrit des pages admirables sur l'Algérie... Que ce soit Montherlant, Pierre Loti... Il y a des prises de défense des pays orientaux et pour des bonnes raisons.

Souvent, ils ne veulent voir qu'une vidéo de moi, ou une idée qui peuvent leur servir, tu vois, mais ça ne les intéresse pas de savoir pourquoi j'ai fait ça, d'où ça vient et pourquoi c'est exactement dans la cohérence de tout ce que j'ai fait avant. C'est pour ça que je vais remettre les choses en place, parce que par exemple les Soral/Dieudonné, ils n'ont jamais affronté médiatiquement des "sionistes" comme ils disent -ce qui est en vérité des intellectuels juifs, des people juifs ou des personnalités partisanes d'Israël et fanatisées. Et moi je m'en suis tapé depuis 1985 ! Depuis Apostrophes, depuis Morgan Sportès, tu vois, jusqu'à Gérard Miller, Michel Polac etc. Où est-ce qu'ils étaient ? Qu'est-ce qu'il a fait, Dieudonné ? Il ne s'est jamais affronté à ces mecs-là. Soral non plus. Citez-moi un mec important médiatiquement dans une grande émission de grand public, avec qui il s'est fritté ! Aucun des deux ne s'est fritté à un mec comme ça. Que ce soit Cohn-Bendit, que ce soit qui tu veux... Fabius !...

C'est toute cette accumulation.. C'est pour ça que la phrase de Mao est formidable : "De défaite en défaite jusqu'à la victoire". C'est toute cette accumulation d'affrontements en prise avec l'ennemi. Il faut prendre tout le parcours du mec et voir en quoi la cause qui vous intéresse s'inscrit dans son art, et non pas négliger cet art, en disant : "c'est rien ou c'est haram, ou c'est pas intéressant, nous ce qui nous intéresse, c'est son message". Oui mais le message, il faut aller le chercher, c'est à vous de faire l'effort et pas à moi de vous le mâcher tout cru... Il me semble...

 

*

 

Je ne suis pas le premier et je ne serai pas le dernier. Ça fait 150 ans que ça existe. Regarde comment ils se sont comportés les Algériens avec Vergès. Et Carlos... Qu'est-ce qu'ils attendent pour le faire s'évader ? A coups de lance-roquettes ! Il faut exploser la prison, il faut 250 morts et ils sortent le mec ! Ça fait vingt-cinq ans qu'il est en taule, un mec comme ça ?! Et en plus, il s'est converti, un combattant pareil ?... Et il ne lui reste que Dieudonné, qui va faire une misérable soirée en essayant de le récupérer symboliquement, comme un gros con qu'il est ? Alors que Carlos, il s'en fout, il est en prison, qu'est-ce que tu veux qu'il fasse ? Il est seul, personne ne l'aide.

Trop facile ! Alors comme ça, ils évitent de lire, ils évitent de connaître la personne, ils évitent de respecter son parcours. Ils se font pas chier quoi !... Ils bougent pas leur cul, ils font aucune action, ils se permettent de nier les actions des vrais grands Arabes qui ont fait bouger le monde ! Ils connaissent rien à leur propre religion, ils sont butés, ils ont des oeillères sur tout ce qui n'est pas dans leur circuit. Ils sont ignares, ils ne savent pas lire, ils détestent tout ce qui est artistique... Ça fait un peu beaucoup, tu vois... En plus, il faut leur mâcher le boulot et leur faire une vidéo de dix minutes pour leur éviter de lire un livre de deux mille pages. Ça va pas, non ? En plus, je m'en fous qu'ils le lisent. Je m'en fous d'être lu par ces mecs-là. C'est pas pour eux que je le fais. C'est pour la Justice, avec un grand J. Le fait déjà de nier les kamikazes et le 11-Septembre, c'est déjà un crime pour moi, c'est impardonnable ! Impardonnable ! De leur part !... C'est ce qu'il y a de plus grave. Beaucoup plus grave que les Américains, certains Américains qui remettent en cause l'assassinat de Kennedy, alors qu'ils sont Américains eux-mêmes. C'est pas pareil ! C'est beaucoup moins grave...

Je m'en fous qu'ils ne comprennent pas le message et que personne ne me lise. J'en ai rien à foutre ! A ce moment-là, on ne fait plus rien... Avec ce qu'ils m'ont fait, à moi ! Le seul mec qui en 2001 ait défendu le 11-Septembre et Ben Laden ! Le seul au monde, le seul au monde qui l'ait fait ! Et ils me traitent comme ça ! En plus des mecs autour de moi, que je connaissais... Ça va pas, non ?...

C'est rien, ils n'ont pas écrit une Lueur d'espoir, mec ! Ah ouais, c'est tout ! "Ah oui moi j'ai pensé ça, j'ai pensé ce que vous avez écrit au moment... Oui je pense pareil que vous !" Vas-y, écris-le ! "Je pense pareil que vous, moi m'sieur ! Exactement pareil !" Vas-y tiens ! [Il tend un stylo] Vas-y, mets-le sur papier... Et puis publie-le aussi, tu l'assumes ! Et puis tu vas à la télé pour le défendre ! Et puis après, t'en prends plein la gueule. Et t'en écris un autre... Vas-y fais ça !... Vas-y mec ! Dans le cul ouais !

 

*

Ma situation, il faut la comprendre dans son développement. Attaquer les juifs quand tu es écrivain, que tu commences jeune, ça te grille, dans tout un univers. On est d'accord. Dans tout un système éditorial, médiatique et littéraire. C'est ce qui m'est arrivé. Et j'en paye encore les conséquences aujourd'hui. Parce que c'est la raison pour laquelle ils n'osent pas venir dans mes vernissages ou se montrer... Mais, défendre les Arabes, en plus ! Alors là, c'est la deuxième partie de la fusée, alors là c'est insupportable !... Et puis quels Arabes ! Donc là, à partir de 2001, c'est terminé. Donc à partir de 2001, j'aurais pu attendre de certains musulmans un certain soutien, non ? Ça me semblait... Même moral ! Tu te rends compte que j'ai été aidé par absolument personne. Il n'y a personne qui s'est dit : "Bon lui il est précieux et son message est précieux, et il est important qu'il fasse entendre cette voix au coeur-même de l'Occident". Ce que j'ai fait avec mes propres moyens. Et bien ça, ils ne l'ont pas fait. Il n'y a que les femmes qui m'ont soutenu, depuis 2001. Chaque femme arabe que j'ai rencontrée, quelle qu'elle soit, jusqu'à la dernière, a été absolument impeccable sur cette question de justesse, de soutien et de compréhension, en tant que Blanc, de la cause musulmane que je défendais. Alors qu'aucune femme, quelle qu'aient été nos relations, déteriorées ou non, ne m'a jamais trahi, et au contraire, m'a toujours poussé, depuis 2001. C'est intéressant, je suis obligé de le constater et d'y réfléchir. Donc tu vois, c'est tout un contexte. Tous ces livres-là, il y a toujours eu une femme derrière, qui était avec moi. C'est avec une femme que je suis allé à Bagdad etc. etc. Au Liban...

 

Il faut comprendre toute cette souffrance aussi ! Là j'exprime de la souffrance, parce qu'on ne la sent pas toujours. On ne la connaît pas. Il faut en être conscient aussi. C'est tout un parcours, de s'être pris déjà pendant quinze ans toute l'intelligentsia juive, sioniste, de gauche, dans la gueule. Tu sais ce que ça représente quand t'es tout seul ? Là, y a pas Égalité & Réconciliation, y a pas soixante mille mecs derrière qui te soutiennent, hein. T'es tout seul ! Tu te prends ça et après, tu enchaînes avec le 11-Septembre... Et là, j'ai été soutenu oui, pendant quelques années. Il y en a qui ont reconnu. Ils n'ont jamais rien fait pour moi. Enfin, j'étais quand même aimé par un certain nombre de musulmans. Mais après, ils se sont retournés, à cause du 11-Septembre en plus ! Donc c'est une boucle extraordinaire à analyser. Plus tard, ce sera fantastique à analyser ! A cause des faits même, comme je dis souvent ! C'est même pas mes idées...

Mais simplement, je le remarque... Et surtout, je l'ai remarqué sur d'autres que moi, donc je savais tout ça. Siné m'a raconté aussi : dans les années soixante-dix, il est allé en Algérie, il a décoré des usines, il s'est beaucoup investi là-bas. Puis ils l'ont traité comme de la merde, ils l'ont trahi, ils l'ont dégueulassé. Avec ce qu'il a fait lui, en cachant des mecs du FLN chez lui à Paris, et tout ça... Moi je suis juste. Même si sur la fin, son parcours est sali par les compromissions qu'exige de lui sa femme, il a eu un parcours absolument impeccable politiquement, surtout vis-à-vis du monde arabe et vis-à-vis de l'Algérie. Et lui aussi, malgré ça, ils l'ont quand même trahi, ils ne l'ont pas soutenu, ils l'ont lâché et tout !... Vergès c'est pareil.

Les mecs du FLN à l'époque, c'est une époque particulière. Les années soixante, puis soixante-dix puis après quatre-vingt, il y a eu tous les attentats des années quatre-vingt à Paris, avec les frères Abdallah, avec Georges Ibrahim Abdallah, qui est un chrétien lui pourtant et qui est toujours en prison. A chaque fois, on fait croire qu'il va sortir. Tu connais tout ça... Dans mon Journal, tu peux venir lire. Est-ce que tu as lu la déclaration d'Abdallah à son procès ? Personne ne l'a relevé ça. Moi elle est dans mon journal, celui-là, Inch'Allah, à côté de Valentin. Il faut que tu lises ça. C'est pas moi qui l'ai écrit, c'est Georges Ibrahim Abdallah qui l'a dit au procès en arrivant. C'est un texte essentiel pour la cause arabe ! C'est pour ça qu'il faut replacer les choses dans leur contexte chronologique et surtout avoir une ouverture d'esprit. Et là on s'aperçoit que tous les Français, ou les Asiatiques comme Vergès, ou les Vénézuéliens ou qui tu veux, qui ont donné de leur force et des bouts de leur carrière, sacrifiée pour cette cause-là, n'ont reçu en échange que des saloperies et des trahisons. Et du lâchage, et de la négligence et de l'indifférence, qui sont absolument impardonnables.

Alors je serai un des exemples, parce que c'est toujours moi évidemment le plus sacrificiel et le plus christique. C'est une crucifixion ! Ils m'ont crucifié à partir de 2010, avec l'aide de Judas-Soral qui clouait les bras et les jambes, sur ma pauvre croix. C'est ça qu'il faut dire, c'est de ça qu'il faut être conscient. Il n'y a pas un Arabe qui est venu me déclouer si tu veux. Au contraire, les Arabes ont joué dans ma crucifixion le rôle des Romains, de l'éponge de vinaigre au bout d'un bambou... Hé oui !

Pour ne pas être islamophobe avec ce qu'ils m'ont fait, il faut que je sois très fort ! Il faut que je sois au-delà, que je passe au-delà de tout ça pour la justice et la noblesse de la chose, parce que je suis juste.

 

*

 

Je ne demandais absolument rien et j'ai été servi ! J'attendais juste qu'au moins on me laisse dans mon coin, même en me prenant pour un fou qui imaginait que c'est Al-Qaïda qui ait fait le 11-Septembre ! Tu vois comme j'étais fou... Qu'au moins ils respectent ça, en disant "voilà, il pense ça mais nous on est des conspis, puis on fait notre, voilà..." Mais en plus ils m'attaquent. Pourquoi ils m'attaquent ? Parce que je mettais en danger leur conspirationnisme déjà, en étant moi-même. Parce que moi j'étais sûr de moi et parce que je défendais tout ça. Et j'étais le seul. Je suis devenu le bouc-émissaire de Ben Laden ! C'est pour ça qu'il y a un lien très fort entre Ben Laden et moi, alors que je ne le connais pas.

- T'es devenu l'Arabe des Arabes.

- Ouais ! C'est fantastique cette situation !... Sans le connaître. J'aurais rêvé évidemment de le connaître mais j'ai pas besoin de le connaître. Ça fait partie des gens avec qui j'avais un lien ésotérique mental très fort. C'est pour ça que quand il est mort, Taddéï m'a invité tout de suite, le soir-même. C'est la première fois. Moi j'avais rien demandé à Taddéï. C'est pas moi qui lui ai dit : "oh bah tu sais, j'aimerais bien venir". De lui-même ! Dès qu'il a appris la mort de Ben Laden, il m'a appelé tout de suite. Et là il savait que c'était important que j'y aille. D'ailleurs, ça a été la dernière grande émission qu'on a faite, parce que je me suis grillé... Mais quand même, j'ai pu dire ce que j'avais à dire, devant Fillu, tu sais et tous ces... Et Weitzmann ! Le petit Weitzmann... Alors après ils ont nié la mort du mec : "On n'a pas de photos, on l'a jeté à la mer pour pas qu'il y ait de traces"... Là aussi, cet épisode-là va être longuement développé. La mort de Ben Laden !

Tu comprends, il faut voir aussi. Regarde, tu as tout ça, ce sont des exemples [il montre les tableaux autour de lui]. Tu as des morceaux de peinture mais il y a aussi des morceaux de littérature... Donc je me fous de prendre en compte la fainéantise d'un gros con d'Arabe qui ne va pas avoir le courage de lire mes pages sur Ben Laden !

C'est comme Ben Laden : on aurait dû bénéficier d'un régime de faveur qui faisait que le moindre musulman qui disait du mal de nous était immédiatement puni ou désigné à la vindicte. Alors ça, moi j'adore ça la solidarité ! Je vis ça toute la journée ici, avec vous tous. C'est ça la solidarité. On la crée la solidarité. C'est de la solidarité ce qu'on fait. De la vraie solidarité dans cette galerie. C'est pas de l'amitié. Ça je l'ai déjà dit et je le théoriserai... Une amitié où les gens n'ont pas les mêmes goûts et ils n'ont aucun souvenir en commun ! On appelle ça de l'amitié ? L'amitié n'est fondée que sur ça : les gens ont des goûts en commun et ils ont des souvenirs ensemble. Là il n'y a aucun souvenir ensemble. Et vos souvenirs vous vous les faites dans le présent. C'est ce qu'on appelle la solidarité. Une solidarité anarchique et anarchiste. Extraordinaire !... Et révolutionnaire donc !... Hé bien, j'aurais attendu un minimum de solidarité. Comme il n'y en a pas eu ni pour Siné, ni pour Vergès, ni pour Carlos, tu vois, ni pour Jean Genêt, tu comprends ? Hé bien, il n'y en a pas eu pour moi non plus. Je suis le cinquième de la deuxième moitié du vingtième siècle qui -et c'était logique, je m'y attendais puisque j'avais des exemples des anciens - qui n'ait bénéficié d'aucune solidarité de la part des Arabes, pour un type qui avait fait quelque chose d'aussi puissant que ça.

 

*

 

On s'en fout de ce que deviennent les révolutions et les dérives des révolutions. Ce qui est important, c'est l'acte révolutionnaire en soi. C'est pour ça que sur Daesh, on en parlait aussi. C'est l'acte révolutionnaire de créer un califat qui est important, et c'était l'acte de foutre en l'air les Français après cent trente ans de colonisation. On s'en fout de ce que c'est devenu après, c'est un autre problème ! J'ai pas dit que ça existe pas. Mais c'est pas ça le problème, c'est pas ça la question dont on parle. Chronologiquement, il fallait le faire ou pas ? Il fallait libérer l'Algérie ou la laisser française ? Tu ne peux pas nier que l'indépendance de l'Algérie, la guerre d'Algérie qui a foutu dehors tous les Pieds Noirs et les Français, c'est pas une révolution ça ?... Oublie ce qui s'est passé après. Rien que ça. Si tu vas dans cette époque-là, tu avais des mecs comme Vergès ou Siné qui ont pris position et qui n'étaient pas obligés de le faire. L'un était asiatique, l'autre c'est un Français de Ménilmontant. Il n'a rien à foutre de tout ça. S'il l'a fait, c'est tout à son honneur, voilà. C'est pas parce que Ben Laden aujourd'hui, ou enfin hier déjà -hier déjà !- aurait désapprouvé les laïcs du FLN que le FLN, au moment où ils ont foutu les Francaouis dehors, c'était des cons et des mecs méprisables ? Toi, en tant qu'Algérien, tu devrais absolument approuver ce morceau d'Histoire ! Sinon ils seraient encore là, il y aurait encore des Soral colons à Oran et à Alger, c'est ça que tu voulais ?... Hé bah réponds ! Réponds ! Tu devrais parler plus violemment que moi ! "Ils auraient même pas dû les foutre dehors, ils auraient dû les tuer sur place, pas les foutre dehors sur les bateaux pour qu'ils viennent en France faire chier ici... Les sales Pieds Noirs !"

Tu te rends compte de ce qu'il a fait Siné, en 62 ? Siné Massacre, son journal, quatre pages, au moment où les Pieds noirs ont été virés d'Algérie ? Tu connais pas ça ? C'est un journal qui était vendu dans les kiosques. C'est quatre pages mais terribles, c'est que des dessins et la couverture, c'est un Pied Noir avec sa valise, et sur le cul, il a une trace de pied noir, de semelle qui lui a foutu un coup de pied dans le cul. Le jour même où les mecs étaient des rapatriés, où ils pleuraient sur les bateaux, "mon pays, l'Algérie" et tout... Qui l'a fait ça ? Est-ce qu'un Arabe a fait ça, ce dessin ? Même un Algérien ?... Il ne l'a pas fait. Un mec qui fait ça ?... Mais à vie il faut le sacraliser ! Ce mec-là, on n'y touche pas, quoi qu'il puisse faire par ailleurs, tu comprends ?

 

Siné Massacre, 3 janvier 1963

Siné Massacre, 3 janvier 1963

Personne n'a été insulté comme j'ai été insulté moi, toute la journée. Je veux qu'on voit ce que c'est, qu'on comprenne. C'est comme si je ressortais toutes les flèches de saint Sébastien, qui ressort toutes ses flèches, qui enlève toutes ses flèches et qui les met sur la table et qui dit : "Regardez toutes les flèches !" Parce que c'est trop facile, après ça finit par devenir esthétique tu vois... On voit saint Sébastien, on dit : "Finalement, c'est bien. Sans les flèches, ce serait moins bien. Ça lui va bien toutes ces flèches partout." Ok, mais recevez-les les mecs, une après l'autre, puis sortez-les vous les unes après les autres : haa ! haa !... Vous les foutez toutes sur la table : "Regarde toutes ces flèches !" C'est ça que je vais vous montrer : "Regarde toutes les flèches qu'ils m'ont envoyées tes frères", alors que j'ai simplement dit la vérité. J'ai simplement défendu leur cause, j'ai simplement vanté l'un des plus grands Arabes du monde, qui s'appelle Ben Laden, et voilà ce qu'on me fait, à moi, pauvre petit kafir... Oui, qu'est-ce que tu veux faire...

Ça ne leur aurait pas fait mal de se manifester davantage pour me soutenir. C'est même pas me soutenir, me protéger, faire une sorte d'armée, de bouclier qui permette à mes ennemis de ne pas m'atteindre aussi directement, tu vois, voilà... Tu sais, il suffit de trois mecs qui seraient allés voir les gens que tu connais, mes ennemis de l'époque et ça les aurait calmés tout de suite !...

C'est ce que j'ai beaucoup reproché à Dieudonné, ce manque de solidarité. Et je lui ai dit une fois, deux fois, trois fois, quatre fois, dix fois... Tu le prends [Soral] un jour comme ça : "Maintenant, tu arrêtes de faire chier Marc-Édouard. Par rapport à ce qu'il a fait pour la cause, il a le droit d'être tranquille donc tu l'emmerdes pas, avec tes histoires de jalousie, de couilles, de bites, de trous du cul, de gonzesses... Tu mets ça de côté, Soral, et puis tu le laisses travailler et puis nous, on fait notre truc de conspis, d'antisionistes etc. On s'en fout mais au moins lui, il ne pâtit pas de nos conneries." Voilà ce que j'aurais attendu d'un mec qui a des couilles, si ça avait été le cas. Dieudonné est une larve ! Un mec sans courage, un lâche, il faut le savoir ça, dans la vie. Et donc il a fermé sa gueule et il ne l'a jamais fait. Donc je l'ai prévenu : "Si tu ne le fais pas, je vais me retourner contre toi, évidemment. Je te rends responsable. C'est toi le parrain, c'est toi le patriarche de l'équipe, c'est toi le patron et tu dois imposer au moins ça, c'est à dire qu'ils ne me touchent pas." Et il ne l'a pas fait. C'est la guerre alors. Voilà, c'est tout.

 

*

 

Il a fallu subir ça dans le système, avec tous les livres qui étaient faits chaque fois pour rien, avec des bâtons dans les roues, avec les éditeurs, tout ce milieu littéraire qu'ils [les "affreux jojos"] ont frôlé le jour du Renaudot ! Et ce sont encore des résidus. Ils ont été au milieu de gens qui n'ont plus de force, qui sont à bout de souffle... Vous avez vu des zombies, [à Vermontov] tu me dis, à un moment tu les imites, c'est exactement ça !

... C'est à dire qu'ils vont se jeter sur lui, ils vont lui arracher le Patience, ils vont lui déchirer son chapeau en disant : "Vous êtes un nabien, vous n'avez pas honte !" On préférerait ça !... Non, c'est l'inertie ! Ils ne savent rien, c'est des boeufs, des boeufs en gelée ! Ils sont dans une gelée comme ça, qui est leur vie. Toute leur vie est comme ça. Les gens, les journalistes, les gens qui sont censés s'intéresser au monde, de ceux qui gardent le pouvoir qu'il soit littéraire, médiatique, journalistique, tout ce que tu veux... Le Système, appelle-le comme tu veux.

Imagine les mêmes, mais avec la puissance, il y a quinze ans, qui décident des trucs, tac, tac, tac, tac, qui décident tout, qui te brisent les jambes, projet après projet, texte après texte, livre après livre ! Et une fois que tu as fait ça, tu es viré, tu n'as plus rien, plus d'éditeur. Il faut refaire tout toi-même et en plus subir l'attaque de ceux que tu as défendus, qui sont les musulmans ! Ah, ça va !... Heureusement que je suis un surhomme ! Vous avez beaucoup de chance que je sois un Hercule, un type très très fort ! Parce qu'il y en a d'autres qui auraient vraiment tout abandonné, on est bien d'accord.

Il y a un effort à faire. C'est pas un effort, moi de ma part d'aller à Beyrouth, d'aller à Damas ? De prendre le taxi de la mosquée Zineb à Damas et faire mille kilomètres pour arriver à la Bagdad le plus vite possible, sous les bombes ! Et d'encourager le camion qui se protège sous un pont à l'arrivée à Bagdad, et moi dans le camion qui lui dis : "Vas-y, vas-y, on s'en fout, vas-y, fonce, fonce ! Arrive vite vite dans le centre de Bagdad !" Et lui le mec qui dit : "ah non, attends, il y a les bombes qui tombent et tout !" C'est pas un effort de se déplacer et de faire ça ? Pour en ramener trois mois après Printemps de feu qui tombe dans l'indifférence et qui est négligé et qui est refusé par tous les médias, qui ne veulent même pas en entendre parler ? Tous les débats m'étaient interdits ! Finkielkraut qui a dit : "S'il vient sur le plateau, moi je ne viens pas", chez Guillaume Durand. Guillaume Durand qui a dit : "bon, Finkielkraut il reste et Nabe il s'en va". J'ai été obligé de retourner au Liban pour trouver un peu de réconfort après avoir écrit ça, Printemps de feu, en trois mois, sur tout ce qui s'est passé en Irak pendant quinze jours... Vous rigolez ou quoi ? Tu parles d'un effort. Pour moi, excuse-moi, c'est plus méritoire comme effort que de sortir de sa banlieue, même si on a des conditions misérables, pour venir voir un type qui a défendu ta cause en plus.

Et ils le font bien aujourd'hui ! Ils sortent bien de leur banlieue les mecs. Tous les jours, on en a vu ici, venir, de n'importe quelle banlieue, pour juste prendre Patience ou simplement me remercier, parler, ou rester là pendant une heure à me regarder. Donc c'est très bien. Pour te dire qu'il y a un changement et j'en suis conscient mais dans la période dont je te parle, zéro !"

Toshiro Mifune dans "Le château de l'araignée" d'Akira Kurosawa (1957)

Toshiro Mifune dans "Le château de l'araignée" d'Akira Kurosawa (1957)