Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
La patience et la rage

La patience et la rage

Menu
La galerie des horreurs (conte d'Halloween)

La galerie des horreurs (conte d'Halloween)

https://instagram.com/p/9jxO1MMrL4/

https://instagram.com/p/9jxO1MMrL4/

Il se passe tellement de choses dans la galerie qu'il serait impossible de tout raconter... Heureusement, les phrères Vesper sont là et circulent entre les visiteurs, caméra au poing pour saisir des "éclats" d'instants précieux. 

Cette jeune blonde en robe bleue, avec son sac jaune qui fait tout de suite l'admiration de Nabe, et qui lui rappelle un de ses tableaux, restera trop peu de temps. A peine le temps de la faire poser avec Leïla et elle aura déjà repassé la porte du 4, rue Frédéric-Sauton. Une autre brune, qui sera taxée avec "courtoisie" d'extrême-droitisme (ça change dans ce repaire de gauchistes !) doit déjà s'en aller mais elle promet de revenir. Des amis, des connaissances, des inconnus vont et viennent, mais pas de célébrités, pas de people et autres affreux qui cassent l'ambiance de leur seul présence : juste des gens qui sont là par choix ou par hasard. Quelques journalistes conviés découvrent la revue ; ils apprennent aussi que lorsqu'on fait son propre blog, on peut s'exprimer en toute liberté en s'exprimant selon propre format. Vive l'anti-bloguisme ! Et c'est comme cela tout le temps... 

Après l'exposition de l'année dernière au pied de la cathédrale orthodoxe de Paris, cette fois, la galerie est juste à côté de Notre-Dame. Et nous sommes aussi à deux pas de la rue des trois-portes où le jeune Alain Zannini était allé frapper à la porte de Hara-Kiri pour y proposer ses dessins, il y a quarante ans. A égale distance du sacré et de l'anarchie ! 

Il est difficile d'imaginer la diversité des personnes qui rentrent ici. Il n'y a que des gens intéressants, si différents qu'ils soient. Sur le trottoir, un Basque discute avec un Arabe et un Belge (non, ce n'est pas le début d'une blague). Et tout le monde est le bienvenu. Seule exception : ce soir, la galerie est interdite aux cheveux gris ! Les cheveux blancs n'en parlons pas ! Par exemple, cette dame trop âgée qui s'apprêtait à entrer va être accueillie par le vigilant Aziz qui, d'un bond, comme le guépard sur le gazelle, la saisit sur le pas de la porte ! Il lui amène dans la rue le catalogue de l'exposition et même un livre qu'elle voulait voir, sans qu'elle puisse quitter le trottoir. Il la congédie ensuite l'air de rien et retourne sur un autre front.

Car Aziz le merveilleux est toujours à deux ou trois endroits à la fois. Il montre les encres et les peintures sur les murs à un acheteur potentiel, tout en accueillant trois journalistes. Il alpague une famille qui passe dans la rue et l'instant d'après, il est en train de discuter d'un tableau au fond de la salle, puis me parle de Jimmy Rushing, le chanteur de blues, tout en grâce et en finesse. Il n'oublie pas de proposer un verre de jus multivitaminé à quelqu'un qui entre et en même temps, il est en train de regarder la rue depuis le balcon de l'étage ! "Flash" Aziz, le virtuose de l'ubiquité ! 

Rien ne lui échappe et s'il s'endort sur une chaise, c'est parce qu'il ne se passe rien à ce moment-là et qu'il est épuisé d'être partout à la fois depuis des heures. C'est crevant d'avoir des super-pouvoirs ! Mais même quand il dort, il veille et rouvre l'oeil pour tout nouvel arrivant. Au fond, ce qu'on lui doit le plus, c'est d'être inquiet à notre place. Il se soucie de tout le monde, tout le temps.  Laurent a beau lui faire signe avec insistance d'aller se coucher à l'étage, il fait mine de ne pas comprendre. Pourtant, il ne serait pas le premier à faire un somme dans la pièce des manuscrits, ni à y passer la nuit !

 

*

 

Mais il aurait fallu commencer par le début : la première chose, c'est qu'il y a du monde ! Hé oui ! Regardez n'importe quelle galerie d'art, dans n'importe quelle ville : sauf un soir de vernissage ou de décrochage, il n'y a jamais personne ! Vous avez le galériste qui attend poliment que la journée se passe en glandouillant professionnellement sur Facebook, et qui ne se fait pas d'illusions quand quelqu'un rentre, comme égaré. "C'est calme en ce moment..."

Alors qu'ici, c'est une auberge espagnole à la Cervantès, qui grouille de vie, d'histoires et de rires ! A tout moment, le comité d'accueil est là pour décider les passants. Voilà tout un groupe de scouts Américaines en jupes, fanions et sacs sur le dos. Vermontov essaiera de les faire rentrer, mais elle s'en iront en direction de Notre-Dame, en chantant très fort pour couvrir les injures que leur balance Nabe : "Grabataires !... Les jeunes campeuses, les pires de toutes !" D'autant plus dommage pour elles que la galerie est un bon endroit pour camper ! C'est le cas de cet étudiant venu d'Aix-en-Provence et qui n'est jamais reparti (il y a un projet de faire venir sa mère à Paris). La bande des affreux jojos parvient régulièrement à faire rentrer des gens. Et tous ceux qui prennent le temps de regarder l'expo, de discuter, de boire un verre, repartent charmés de cette halte dans l'endroit le plus accueillant de la capitale. 

Presque en face de la galerie, il y a une librairie allemande. J'attends d'y voir en janvier 2016 la réédition de Mein Kampf chez Fayard, en vis-à-vis de la couverture de Patience n°2 ! La gueule du Hitler de 1924 et de celui de 2014 qui dit "Je suis Charlie" ! D'ailleurs, cette couverture attire toujours les regards. Idéal pour faire venir du monde. Les jeunes, les vieux, les couples, les étudiants, les familles, tout le monde a l'oeil accroché. Rien que voir le nom signé en lettres d'or au fronton de la galerie suffit à faire réagir les gens. "Ah, c'est lui..."

Le jour baisse : Vermontov et quelques autres partent dans le froid hivernal, faire de la vente à la criée pour la revue ! Aziz se souviendra longtemps de sa rencontre avec Mélenchon... Cela me rappelle, il y a un certain temps déjà, les équipes de Choron qui passaient dans les cafés à Saint-Michel pour y vendre Grodada. Et à l'époque de Cancer !, Bruno Deniel-Laurent qui montrait aux passants les photos de Costes s'enfonçant un salami dans l'anus... Toute une tradition !

Alors que dehors, on discute Daesh, Al-Qaïda et venue de l'Antéchrist, Aziz vient soudain nous demander quel est notre tableau préféré. Après réflexion, les toiles d'araignée seront plébiscitées, et un musulman apprendra à cette occasion que c'est une référence au Coran ! (voir Patience n°2, page 23). Une araignée sera d'ailleurs surprise sur la table près de la porte, en train de lire les magazines. Une descendante de celle qui protégea Mahomet ? Ou bien d'Internette, sortie tout droit de Riker's Island ?... Dans tous les cas, il ne faut surtout pas l'écraser !

Au fond de la salle, étranger à toute cette agitation, le silencieux Pierre, bouquiniste et chineur consciencieux, tel un moine bénédictin à la chandelle, lit le Journal Intime. 

 

*

 

 

Vermontov et quelques autres partent dans le froid hivernal, faire de la vente à la criée pour la revue ! Aziz se souviendra longtemps de sa rencontre avec Mélenchon... Cela me rappelle, il y a un certain temps déjà, les équipes de Choron qui passaient dans les cafés à Saint-Michel pour y vendre Grodada
Chanteur de blues (1975)

Chanteur de blues (1975)

La nuit tombe déjà, et ce soir, c'est Halloween. Il commence à faire frisquet et les passants se font plus rares. On voit passer dans la rue les premiers déguisés. Notre-Dame est seule dans la nuit. Un aller-retour à faire à Arcueil... A cette heure-ci, il y a encore des transports. Je ne suis pas à plaindre : je pense à ce pauvre Erik Satie, qui a sa maison dans le bas de la ville, qui devait parfois rentrer d'un concert à la salle Pleyel en métro de troisième classe ou même à pied !

Arcueil, c'est aussi son aqueduc (au pied duquel le personnage d'Alain Delon s'évade du fourgon de police dans Le Clan des Siciliens), et aussi, après la rue Montmort, l'impasse où le marquis de Sade avait acheté une bâtisse : une aumônerie, qu'une vielle carte postale identifie faussement comme "l'ancien château du marquis de Saxe (sic)", et que de Sade avait acheté pour des parties de sexe à sa façon ! C'est le dimanche de Pâques 1768 qu'il y commet la séquestration qui allait le rendre célèbre : la jeune Rose Keller est enlevée place des Victoires et ramenée dans la sinistre bâtisse, où le diabolique marquis, habillé en boucher, entreprend de la fouetter et de la scarifier. Puis il exige d'elle qu'elle se confesse -logique pour une aumônerie ! Mais, parvenue à s'enfuir de façon très romanesque par une brèche dans le mur, la victime portera plainte et Sade sera jugé : d'abord mis en prison, il sera exilé dans son domaine de Lacoste.

Retour à Paris dans la nuit... Les zombies déambulent sur les bords de Seine. Il y a toujours du monde à la galerie Je n'ai pas encore visité la cave. On me dit qu'il n'y a rien... Moi, j'ai le soupçon qu'il y a des "dissidents" enfermés dans des geôles fascistes. Laurent : "En fait, il y a le canapé de Soral ! C'est là qu'il tourne ses vidéos !"

Le clou de cette fête des morts va être l'arrivée de deux jeunes bourgeoises maquillées à la Kiss. Ce sera l'objet d'un nouvel "éclat" sur le compte Youtube ! Elles vont découvrir, en une sorte d'initiation sadienne, les images les plus "atroces" de la revue (la partouze islamophobe, le montage "nazi" de Caroline Fourest) ; elles sont choquées, elles trouvent ça horrible. Bientôt, elles ne tiennent plus et s'enfuient à toutes jambes par la porte (il n'y a pas de brêche). On dirait ces ados essayant d'échapper au serial-killer dans une série Z ! Elles qui voulaient se faire une petite soirée sympa, elles s'en souviendront de leur Halloween ! C'est bien la fête de la laideur et des monstres, de quoi se plaignent-elles ? C'est la bite de Giesbert qui leur a fait peur ? Elles voulaient s'encanailler, c'est réussi... Elles ont dû se croire dans la république de Salò ! J'y pense parce que ce soir marque les quarante ans de la mort de Pasolini.

C'est hilarant d'assister aux réactions de tous ces fêtards d'un Halloween qu'ils imaginaient tranquille. Les deux maquillées seront suivies un peu plus tard d'un couple de mariés ensanglantés, et d'un type au masque de clown grimaçant, enchaîné et portant une hache d'incendie (comme Jack Nicholson dans Shining). Muet, il se contente de faire du mime mais en découvrant le "pire du meilleur" des deux numéros de la revue (décapitations de Daesh + partouze etc.), il va même retrouver la parole. Les masques tombent : hé oui, c'est ici l'antre des monstres ! Frissons garantis à toute l'heure, plaisir ou horreur !... Si vous vouliez un vrai Halloween, vous l'aurez compris, c'était à la galerie qu'il fallait être.

Encore du monde qui arrive à cette heure tardive... Cette fois-ci, c'est un groupe de jeunes qui ont été convaincus de rentrer. Coïncidence : ils viennent d'Aix-en-Provence. L'artiste, qui y a passé deux ans et qui connaît tout le monde là-bas, leur demande dans quels bars ils sortent, quel quartier ils préfèrent, et 'ils connaissent cette fille qui fait de la thanatopraxie, la préparation des morts ! "Elle a essayé de me vider, s'exclame Nabe, mais je suis trop vivant !"